III.2.1.c) Œuvres et héros de l’inertie : une poétique du miroir

III.2.1.c) Œuvres et héros de l’inertie : une poétique du miroir

 

L’inertie francienne est une instance particulière du Désir. Il est vrai que ce concept n’est de prime abord guère étranger au darwinisme, dans lequel l’évolution est une nécessité lente mais inaliénable, et donc de teneur finalement inertielle. Cependant, l’inertie entrant en jeu chez Anatole France a été refondée par les lois du Désir. Dès lors, dans certaines œuvres franciennes, les héros principaux connaissent le cœur des choses, mais le roman finit plus ou moins dans le même monde que celui qui l’inaugurait, dans une structure non pas circulaire stricto sensu, mais plutôt comme une vaste épanadiplose[1]. De fait, les œuvres que nous désignons comme les œuvres de l’inertie sont échafaudées avant tout autour d’un logos déçu, ne parvenant pas à extraire le héros francien de l’inertie dans laquelle il se trouvait originellement.

Ce logos déçu ne signifie pas que le héros n’ait pas eu la possibilité de jouir à un moment de l’état de fusion avec le cœur des choses, dans une plénitude ontologique propre à donner un sens à toute son existence. Cependant, cette mise entre parenthèses du monde qu’est le logos ne donne pas lieu ensuite, par alternance, à une libération définitive du héros. En d’autres termes, le processus d’érotogenèse poussé à son comble n’est pas suffisant pour que le héros puisse s’extraire des alternances successives qui on amené jusque là : il finit par replonger dans cette réclusion. Ce logos déçu, cet épisode de fusion au cœur des choses n’ayant pu changer le sens de l’existence du héros, il symbolise un retour vers l’existence humaine telle qu’elle est vécue dans le réel, en prise avec l’érosion du temps et de la mort. Ce retour signifie donc la fin de l’érotogenèse pour le héros, la fin de la quête initiatique du Désir et un jet vers une temporalité impliquant désormais l’unique attente de la mort. Cependant, cette attente se fera dans la sérénité, ce qui est déjà beaucoup.

Avant d’étudier dans le détail cette inertie, soulignons que ces héros du logos déçu ne sont en rien des héros de l’échec. Ils ont eu l’aménité de découvrir le sens même de leur existence, mais ce sens est précisément décrit par Anatole France comme absurde. Ce héros éclairé retourne alors dans un état ontologiquement pâteux et inertiel : la fusion au cœur des choses aura été une belle et fondamentale parenthèse, mais n’aura été rien d’autre.

Par exemple, nous avons dit que Jacques Tournebroche, dans La Rôtisserie de la reine Pédauque, finit dans un huis-clos, certes, mais de manière sereine et détachée du monde[2]. Mais était-ce bien là le but profond de son Désir ? Rien n’est moins sûr : une fois qu’il a achevé le récit épique de sa jeunesse, le narrateur – confondu avec Jacques Tournebroche lui-même – explique : “A cet endroit, ma vie perd l’intérêt qu’elle empruntait des circonstances, et ma destinée, redevenue conforme à mon caractère, n’offre plus rien que de commun[3].” Pourtant, notre jeune héros a bien connu le logos